dimanche 4 décembre 2011

Après la plus grande catastrophe que subit Creully....

Texte publié après la grande catastrophe de 1840

Il y a quelques jours encore, après avoir erré, ici, dans de fertiles el riantes campagnes, là, dans celle vallée de prairies qu'arrosent les eaux de la Seulle, et où bondissent tant et de si beaux troupeaux , l'œil se reposait agréablement sur le bourg qu'il trouvait là-bas , au haut d'une légère éminence, comme une ruche, prête à répandre dans une plaine magnifique ses essaims de travailleurs; il y a quelques jours encore, le bonheur brillait sur le visage de tous les habitants de Creully : fiers d'avoir acheté par leurs sueurs le bien-être pour quel­ques années, pour l'hiver, — ils se reposaient avec confiance.

Et maintenant, les voyez-vous, l'œil terne, sans vêtements, sans pain, comme une troupe de malheureux mendiants?... La misère s'est étendue sur eux ; leur dénuement est aujourd'hui complet. On dirait à voir passer ces ombres livides et mal vêtues, on dirait à l'as­pect de ces débris fumants, que la guerre a passé par là : on pour­rait se croire transporter à ces époques désastreuses où l'Anglais, maitre de la Normandie, promenait le fer de tous côtés ; à ces temps où Creully, après avoir longtemps résisté, tombait sanglant et ruiné au pouvoir de l'ennemi.