jeudi 27 septembre 2012

Creully - La légende de la Dame aux ciseaux.

La légende de la Dame aux ciseaux
Nous sommes dans la deuxième moitié du XVe siècle, la guerre de 100 ans venait de se terminer ; le château de Creully était en travaux ; restauration autorisée par Louis XI.
Au sein du château forteresse, une couturière oeuvrait pour un baron de Creully, un Vierville, et surtout pour la baronne.
Cette couturière très habile de ses mains confectionnait les plus beaux habits appréciés par les femmes du château. Elle avait réalisé pour elle une houppelande de couleur violette. Une des trois couleurs autorisées, les deux autres étant le noir et le gris ; le rouge et le vert étaient portés que par les nobles. Ce code des couleurs s’appliquait aux enfants de moins de sept ans ; les mâles étaient en blanc et les fillettes en bleu ciel.
Cette femme nommée «Guillemette» était fort belle ; elle savait s’apprêter de quelques bijoux ; même ses ciseaux de couturière qu’elle portait à sa ceinture étaient affublés d’un morceau de létice.
Non loin d’une des pièces du château réservées aux gardes, elle fut abordée par le baron lui-même qui souhaitait s’entretenir au sujet de la baronne disait-il. Mensonge car, retirés des yeux et oreilles, ils eurent une aventure car on ne refuse rien au baron.
Les mois passèrent quand Guillemette rencontra le baron et lui demanda de l’écouter : «ta lignée est en moi comme tu le vois à mon ventre, tu m’as enceinté».
Ne voulant admettre cette situation, le baron, encore jeune, sentait la colère montait en lui, injuria la couturière et lui indiqua : «jamais je ne reconnaîtrai cette progéniture ; ce n’est pas un héritier des Vierville».
Guillemette, déçue, à bout de nerfs, se porta face au baron et le gifla de toutes ses forces.
Outrage extrême !
Le baron se jeta sur la femme et lui attrapa sa chevelure, faisant tomber une petite templette qui participait au maintien de tresses ; il arriva à attraper les ciseaux et d’un coup furieux, il poignarda la pauvre couturière de sa mère.
Le liquide de couleur rouge tâcha les vêtements de la belle Guillemette qui eut la force de murmurer : «je te maudis» avant de quitter (provisoirement) ce château de Creully.
Il fallait faire disparaître le corps ; le baron choisit une des multiples caves du château, en particulier une très humide à l’aplomb des remparts à l’est. Ainsi ce crime ne fut porté à la connaissance des habitants du lieu.
Creully et son château s’entouraient de brume remontée de la Seulles qui coulait au pied des remparts et dans la chambre du baron la mèche d’un creuset s’éteignit par manque d’huile. Le baron dormait.
Le meurtre de Guillemette était un fait d’hier.
Malgré l’absence d’orage sur la contrée, un bruit se fit entendre brusquement comme un coup de tonnerre.
Le baron se réveillât brusquement ; ses yeux à demi ouverts, il vit une forme de femme non loin de sa couche qui brandissait une grande paire de ciseaux. La forme d’une blancheur de lait de brebis s’adressa à lui : «Jusqu’à la fin des ans, des milliers d’années, je serai là, sur ce domaine, pour rappeler à toi-même et à ta descendance la lâcheté des barons de Creully».
Le dernier des barons de la lignée des Vierville n’eut pas de descendance mâle….

Certaines nuits, des hommes ou des femmes en errance autour du château, parfois dans les fossés qui le bordent, ont vu et on verra encore une grande forme d’une couleur blanche avec à la main une paire de ciseaux, la Dame aux ciseaux.
Enceinter: mettre enceinte
Houppelande:
large robe à grande manches (plutôt employée quelques dizaines d’années avant.
Templette: (ou templière), décoration faite en métal sur laquelle s’enroulaient les tresses.

Létice : fourrure blanche moins chère que l'hermine.