samedi 1 juin 2013

1838 - La farine du moulin de Creully....un produit de grande qualité.


USINE ÉTABLIE A CREULLY PAR M. LE COMTE DE MARGUERIE
POUR LA MOUTURE DES CERÉALES.
Le moulin de Creully , établi en 1838, sur la SeuIIes, d'après les procédés les plus nouveaux , avec une chute d'eau de plus de dix pieds, peut écraser, avec les six pavés de meules qu'il fait mouvoir, de quatre-vingts à cent vingt hectolitres de froment par vingt-quatre heures; et les prix élevés obtenus depuis son établissement par ses produits sur les places de Rouen, le Havre, Honfleur, témoignent de leur bonne qualité.
On doit s'étonner de ne pas voir la place de Caen figurer d'abord, comme le débouché le plus naturel des farines de Creully. Elles s'y vendent également bien, mais en fort moindre quantité, les boulangers de cette ville ayant conservé presque tous l'ancienne manière de pétrir. La majeure partie des con­sommateurs n'ayant pas d'objet de comparaison , s'en contente, et les étrangers s'étonnent seuls de la différence qu'ils remarquent entre le pain blanc de Caen et celui des villes citées plus haut, dont le prix, du reste, est constamment plus élevé.
Ceci explique comment une industrie si appropriée au pays a été si longtemps à s'y établir, bien qu'elle fut récla­mée par le sol et la nature de sa production. Un petit nombre de communes voisines approvisionnerait au be­soin l'usine de Creully, indépendamment des grandes ressources d'importation qu'elle possède par sa position géographique.
Ces avantages ont frappé quelques spéculateurs de Caen, et un nouveau moulin, mu par une machine à vapeur, vient de s'y élever. On peut donc espérer qu'une sage émulation, qu'une rivalité bien entendue entre ces deux établissements, amèneront d'heureuses modifica­tions dans la fabrication du pain, et que le jour n'est pas éloigné où Caen n'aura rien à envier à Rouen à cet égard.
Nous pensons que ce résultat désirable serait surtout hâté par l'établissement d'un dépôt public ou halle à farines qui, tout en évitant de porter la moindre atteinte à la classe la moins aisée et la plus nombreuse des consom­mateurs, permît une appréciation plus large pour les pains blancs ou de choix, et donnât au boulanger le moyen de satisfaire aux exigences du consommateurdélicat.
Alors le double but de perfectionnement et d'utilité publique que doit se proposer tout industriel conscien­cieux , sera rempli: moyen de nivellement pour le prix des blés, en établissant un débouché certain et régulier en temps d'abondance , et une ressource également facile en cas de nécessité d'importations; et amélioration sensible dans la nourriture première des populations, tant par l'épuration minutieuse que subissent les blés avant d'être réduits en farine, que par l'excellence des procédés de moulage et de farines.