mardi 23 décembre 2014

Je vous offre pour la fête de la Nativité ces Roses de Noël

Les Roses de Noël, la légende.
Certaines paroles sont fées; certaines syllabes ont un pouvoir magique. Aucune sorcellerie pour cela ! Les plus ingénues sont les plus suggestives. Dans ce simple mot : Roses de Noël, ne sentez-vous pas un charme pénétrant, où le surnaturel se mêle à la nature, et la fraîcheur de l'enfance à l'extase de la foi ? C'est, en plein hiver, le sourire du renouveau ; et c'est, dans la plus humble humanité, le sentiment du divin. Frêles corolles, d'où s'exhale ce qu'a de plus doux le réel, avec ce que l'idéal a de plus pur. Floraisons saintes que porte un bambin céleste!
Les Roses de Noël ont leur légende ; elle n'est pas moins naïve que les bonnes vieilles histoires où les cloches de minuit font des miracles, où le vin coule des fontaines, où les bêtes parlent, où les filles à marier voient dans leur miroir celui qui les épousera, à con­dition d'avoir fendu neuf espèces de bois et d'avoir jeté leur che­mise devant la porte.
L'enfant Jésus est dans l'étable. Il est couché sur un lit de foin entre le Bœuf et l'Ane, le petit Jésus, doux comme du miel. Marie veille près de la crèche. Joseph, debout, les mains jointes, admire. Le Bœuf dit : « Meuh ! meuh! c'est un jour fameux!» L'Ane ajoute : « Qu'il est beau, le petit enfant, hihan ! hihan! » La nuit vient. Au dehors, il vente, il gèle, il neige. Au dedans, tout rayonne. Vêtus de brocard, couronnés de pierreries, les trois rois de Saba se prosternent. Balthazar porte l'or, Melchior la myrrhe, Gaspar l'encens. D'autre part, les pasteurs, bouche bée, sont en adoration. Ils offrent tous les biens de la terre ; Pellion présente ses pipeaux; Ysembert, un calendrier de bois pour savoir les jours et les mois. Aloris hoche une hochette qui fait « clic-clac »  à l'oreille : au moins quand l'enfant pleurera, la hochette l'apaisera. Derrière eux, crain­tive, curieuse, extasiée, se hausse, sur la pointe de ses pieds nus, une fillette aux yeux bleus, la petite bergère Madelon. Comme elle aime l'enfant Jésus ! Comme elle l'embrasserait volontiers ! Et quel splendide cadeau elle voudrait pouvoir lui faire. Mais elle n'a rien de rien, la pauvresse. Ses mains, gercées par le froid, sont vides. Désolée de sa misère, elle pleure, elle prie. Elle prie, et l'ange Gabriel descend des cieux.
« Petite bergère, que veux-tu ? — Hélas ! je ne sais pas. — Alors, pourquoi prier ? pourquoi pleurer ? — Je voudrais donner à l'enfant Jésus, et je n'ai rien. — Que voudrais-tu avoir? — Hélas ! Les rois et les pasteurs lui ont tout donné. — N'ont-ils rien oublié ? Cherche ! tu trouveras. — Si je pouvais seulement lui offrir des roses ! Il n'a pas reçu une seule fleur, le mignon. Mais il gèle, et le printemps est loin, bien loin encore ! »
Gabriel prend Madelon par la main. Ils sortent ; autour d'eux flotte une clarté. L'ange frappe le sol de sa baguette ; et la terre se couvre de jolies fleurettes fraîches écloses.
C'est ainsi que la petite bergère Madeleine put embrasser l'enfant Jésus ; Noël eut désormais des roses.
Emile Blémont.