vendredi 6 février 2015

Ernest et le fantôme des environs de Creully

"La crédulité la plus stupide ne cesse de régner dans la plupart de nos communes" remarquait un journal de l'arrondissement.
En voici une nouvelle preuve :
Le nommé Ernest F..., journalier, sortait avant-hier soir d'une ferme d'un village limitrophe à Creully où il travaille, et regagnait son domicile. On avait jasé assez longtemps et raconté de sombres histoires de fantômes ; le pauvre garçon avait la tête remplie et troublée de mille crecelles infernales. Tout à coup, il aperçoit dans l'ombre un étrange spectacle.
Une masse lourde s'agite, il croit voir le diable armé de longues cornes, traînant à sa remorque une femme attachée par les mains et que l'on conduit sans doute dans la grande chaudière où cuisent les mé­créants; voilà le pauvre Ernest rude­ment effrayé !... Il ne fait qu'un saut jusqu'à la ferme et raconte, tout palpitant, les faits horribles qu'il vient d'apercevoir.. On se met en marche à plusieurs, armés de four­ches, de bâtons et de pelles, et l'on se lance sur le prétendu fantôme.
Les choses vues de près amènent l'hila­rité à la place de l'horreur : messire Satanas n'était autre qu'un baudet fringant qui avait fui son écurie pour courir la pretentaine nocturne... et quant à la femme, c'é­tait la maîtresse de l'âne qui tenait celui-ci par la queue afin de le ramener plus sûre­ment à l'étable... Depuis, Ernest ;est de­venu la fable du village, et l'on ajoute qu'une jeune fille, qui l'avait agréé pour mari, a repris sa parole, ne voulant pas épouser un mari si niais et si poltron.
Voyez donc ce que peuvent amener de désordres les intempestives velléités d'un aliboron (âne).